Final Fantasy VI : Grand Finale

Compositeur :
Nobuo Uematsu

Arrangements :
Shiro Sagisu, Tsuneyoshi Saito

Date de publication :
25 mai 1994 au Japon

Contenu du CD :
1 CD de 11 pistes
1 livret de 12 pages

Durée Totale : 54'32

 

Liste des pistes


1) Opening Theme ~ Tina (7:57)
2) Cefca (3:24)
3) The Mystic Forest (4:46)
4) Gau (5:18)
5) Milan de Chocobo (5:36)
6) Troops March On (4:25)
7) Kids Run Through the City Corner (3:13)
8) Blackjack (4:16)
9) Relm (5:38)
10) Mistery Train (4:01)
11) Aria Di Mezzo Carattere (5:53)

 

Final Fantasy VI possédait une bande son magnifique. Elle sublimait le jeu, et c'est peu de le dire. L'OSV complète est un peu longue (3 CD) mais de qualité. L'album qui nous intéresse aujourd'hui est plus réduit. Il ne propose que 11 pistes. Mais avec près d'une heure de musique, ce ne sont pas des petits morceaux. Comme nous allons le voir, la sélection peut parfois sembler curieuse. Mais il fallait bien en faire une, et seule une piste fait vraiment tâche. Cela est d'autant plus rattrapé que la qualité de l'interprétation est irréprochable. Si je vous dit que ce CD a été enregistré par l'Orchestre Symphonique de Milan et l'Ensemble Archi Della Scala, cela donne tout de suite un à priori positif. Que nous ne démentirons pas ! L'interprétation est le plus souvent sublime, et en tout cas magnifiquement jouée.

 
Le premier morceau est l'Opening Theme. Pour cet album comme pour le jeu, on débute par une musique de pure introduction, faste et grandiose. La richesse instrumentale est importante. Douce et grave, cette piste a tout d'une mise en scène d'une superproduction cinématographique.
Et puis peu après 1'30, elle enchaîne avec une transition parfaite sur le thème de Tina, qui constitue le coeur de cette piste. La ré-orchestration est grandiose. La mélodie en elle-même est jouée à la flûte de pan. Elle se trouve cependant accompagnée par une grande variété d'instruments : violons, percussions, cuivres. C'est certain, l'accent symphonique va à ravir à cette mélodie.
Quelques accents dramatiques ponctuent de temps à autres la mélodie, permettant de rebondir et d'enchainer. Car cette piste comme les 10 autres est longue (près de 8 minutes pour ce morceau) et ne donne jamais l'impression de tourner en boucle. Le thème de Tina est pourtant repris une fois à la fin. Mais il est tellement émouvant et riche que c'est un plaisir. D'une grande variéré instrumentale et faisant preuve d'une mélodie émouvante, cette piste inaugure au mieux ce CD. La mélodie originale est sublimée, magnifiée, dans cette version orchestrale.

 
Si le thème de Tina précédemment était très fidèle à l'original, celui de Kefka (Cefca) est très remanié. Les accents de cruauté qu'on pouvait "lire" dans ses apparitions musicales dans le jeu ont plus ou moins disparus. Mais ils ont été remplacés par des sonorités qui correspondent véritablement à sa mégalomanie. D'emblée, l'interprétation très forte au piano, sur quelques notes, donne un apercu du personnage : démesuré. Par la suite, c'est à la trompette que sera joué son rôle. Le rendu est saisissant ! Il se détache ainsi très nettement du décor planté par les autres instruments en fond. Tout le personnage est restitué : un personnage complètement mégalo, hors-norme, fou !

The Mystic Forest est un thème très agréable. Le mystère de cette forêt sombre et épaisse est parfaitement rendu. Cette piste est très calme et douce. Quelques percussions bousculent parfois le rythme un peu trop tanquille mis en place. La place du solo féminin de milieu de piste est réduite au minimum. Le rendu volontiers un peu mystique est ainsi préservé, mais on ne pourra s'empêcher de trouver cette piste un peu trop discrète. Le thème mélancolique est ainsi toujours aussi beau que dans la version originale, mais cette piste manque un peu d'envergure. Cela reste toutefois plus qu'honnête. Et il est de toute facon certain qu'arriver après le grandiose et démesuré Cefca le fait peut-être paraître un peu plus pâle qu'il ne l'est en réalité.

 
Le thème de Gau dans Final Fantasy VI n'a jamais été mon préféré. Mais sa ré-orchestration ici est véritablement sublime. Elle assure à cette piste une place de choix dans ce CD. Principalement jouée au violon, la mélodie a des accents de tristesse et de mélancolie sublimes. On est bien loin de l'image du petit sauvage !
En seconde partie de piste, le ton change assez radicalement et se fait plus enjoué. La mélodie est redynamisée et atteint des sommets. Si vous aimez la musique classique (la plus belle qui soit de mon point de vue), alors vous serez ravi. Ce passage de milieu de piste notamment est de toute beauté. On dirait du Vivaldi au mieux de sa forme ! Véritablement magnifique et enchanteur pour nos oreilles.

 

Milan de Chocobo en 5ème piste est là pour marquer une petite pause. Sur des rythmes enjoués et égayés, il se veut en totale opposition avec les autres pistes. Mais je suis sincèrement navré, je n'adhère pas du tout à la nouvelle interprétation de ce thème. Les sonorités ne sont pas toujours harmonieuses, les notes s'enchainent sans grâce. La piste est très originale et ne manque pas de piment. Mais un tel manque d'harmonie pour de la musique symphonique ne pardonne pas. LE vilain petit canard de cet album.

 

Troops March On est la réorchestration du thème de l'empire. Et quelle réussite ! L'accent militaire ressort comme jamais. Les percussions semblent mimer le bruit des bottes des soldats, marchant droits et fiers, tout puissants. Le thème développé est lui aussi magnifique. L'ensemble ne manque pas de rythme. Les trompettes et les tambours célèbrent la puissance. Une piste qui n'a pas peur de s'affirmer avec force.
Un blanc vers 2'00 pourrait laisser croire que la piste s'arrête là. Mais en réalité, une seconde mélodie, moins imposante se fait petit à petit entendre, et montant crescendo. Et puis le thème s'emballe alors, redevenant plus conquérant que jamais. Et se termine dans un déchainement de percussions et de sonorités.

 

Kids Run Through the City Corner est un autre thème majeur de ce CD. Il s'agit de la réorchestration de la musique des villes dans une interprétation mélancolique à souhait. C'est véritablement poignant. Principalement joué au violon, ce thème est parfaitement enchainé du début à la fin. La musique semble couler, telles des larmes sur une joue. La mélodie est véritablement sublime de tristesse et de nostalgie. Le seul reproche qu'on pourrait lui adresser est d'être finalement la piste la plus courte de ce CD. Il s'agit certainement du thème le plus émouvant et du mieux joué de cet album.

 
Blackjack était un thème un peu décalé de Final Fantasy VI par son optimisme et son humour. Le thème original est certes repris ici, mais il est intégré à une composition plus large, pas toujours du meilleur effet. On aurait tendance ici à retrouver quelques sonorités se rapprochant du désastreux Milan de Chocobo. Fort heureusement, la majorité du morceau s'en sort honorablement. Mais il persiste comme un petit quelque chose qui ne va pas. C'est comme si on avait essayé de retranscrire l'insouciance et le comique de cette piste, sans vraiment y parvenir. Un résultat mitigé donc.

 
Le thème de Relm a pour particularité d'être joué à la cornemuse ! Je vous avoue que c'est à la fois très surprenant et déroutant ! Je n'apprécie pas particulièrement les sonorités de cet instrument. Je lui reproche d'être un peu trop "criard". Mais par bonheur, cette piste n'oublie pas de faire appel à tout le reste de l'orchestre. Et ce dernier prend même l'ascendant en deuxième partie de piste, avant de laisser la cornemuse conclure. Et c'est finalement ce milieu de piste joué par l'orchestre que je trouve le plus réussi. On y retrouve l'esprit des magnifiques thèmes de Tina et de Gau. Je pense que c'est cette vision du thème du Relm qui est la plus réussie. Mais avouons que la cornemuse est plus originale !

 
Mistery Train est très surprenant lui aussi, mais bien plus réussi. Le morceau est entièrement interprêté par un violoniste en solo, accompagné d'un piano. Les deux passent 4 minutes à danser sur une ré-ocherstration joyeuse et enjouée. La fidelité au thème original n'est donc absolument pas de mise, mais le résultat force le respect. ce morceau acquiert ainsi une nouvelle dimension. Je n'irai pas jusqu'à dire que je préfère cette interprétation-ci aux airs symphoniques, mais je dois reconnaître que c'est une réussite.

 
Et finalement, pour conclure cet album, voici la piste qui en justifie l'achat à elle seule. Aria Di Mezzo Carattere est l'interprétation sublime de la scène de l'opéra, chanté par une soprano (Svelta Krasteva) dans l'inoubliable rôle de Célès. C'est magnifique. La musique originale était déjà parmi les plus belles qui soient, pleine d'émotion et jouée dans une ambiance hors-norme. Tout le faste d'un grand opéra était déjà présent dans le jeu. Il était donc indispensable de ne pas décevoir les fans pour cette version grandeur nature. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est au-delà de nos espérances. La mélodie a été remaniée et rallongée pour constituer un véritable morceau. La soprano incarne admirablement bien l'émotion et le désespoir de Maria, la jeune femme retenue captive dans son propre château par le prince Ralse, alors que son amour, le héros Draco est parti au combat dans de lointaines contrées. Et pour courronner le tout, de nouvelles paroles ont été écrites, en italien ! Le résulat, il est tout simplement sublime de beauté. C'est un pur opéra à l'italienne, associant une soprano de talent à un orchestre principalement composé de violons et d'un clavecin. Somptueux, véritablement !

En cadeau, les paroles de cet opéra en version originale :

Aria Di Mezzo Carattere

Amor mio, caro bene,
perché vai lontan da me ?
Giurasti un amor, che mai non dovea
aver fine per noi

Nei momenti di tristezza
Nei momenti di dolor,
A te, mia stella, penso
con infinito ardore

Un legame senza speme
perché mai dovrei aver ?
Che cosa tu vuoi ch'io faccia oramai,
mi devi dire tu

Ti ringrazio, caro bene,
amor mio, vita mia,
Al grave doler, al buio timor
che il cuore mi turbò,

dolcemente, con amore
hai risposto al mio gridare,
per sempre ognor, per sempre ognor,
qui a me, t'attenderò.

Finalement, que retenir de cet album ? Nul doute que les amoureux de musique classique et de Final Fantasy VI seront comblés, tant le mariage est réussi. Il faut dire que les musiques originales du jeu déjà superbes s'y prêtaient. On regrettera que certains morceaux comme les thèmes de Cyan, Locke et Rachel, Coin Song ou encore Figaro soient absents, alors que d'autres semblent vraiment un peu trop décalés (je pense à l'interprétation du thème de Relm) et surtout, que le thème des Chocobos soit si déformé. Mais au final, je retiendrai de ce CD au moins 6 pistes qui valent très largement le détour : L'opening theme couplé au thème de Tina, Kids Run Through the City Corner et surtout le thème de Gau pour leur magnifique ré-orchestration classique symphonique; Troops March On pour son interprétation à la fois militaire et tellement harmonieuse; Cefca pour la démesure et toute la mégalomanie que cet arrangement a su insuffler à la mélodie originale; et bien entendu Aria Di Mezzo Carattere, le mythique opéra devenu divin.


 

 

En savoir plus sur :

Final Fantasy VI : Piano Collection : La critique de l'album
Final Fantasy VI : Le test du jeu

par Diddu